Rêve d’envol, EL-YAMANI Hayat

Rêve-denvol

 

  • Broché: 187 pages
  • Editeur : Anne Carrière (19 août 2009)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2843375371

L’HISTOIRE

« Ce n’est pas ton frère qui est mort, c’est toi ! Et tu prendras sa place dans cette école ! » Cette phrase inouïe, prononcée par ma mère en pleine détresse, me fit l’effet d’une déflagration. Mon frère venait de mourir, noyé, l’équilibre familial de voler en éclats, mais je n’avais même pas le temps de m’attarder sur ma peine, ni sur aucune autre considération : il me fallait d’urgence endosser l’identité du disparu, pour ne pas laisser perdre sa solde de gendarme garantie à vie. En quelques secondes, ma mère avait pensé la chose et me l’avait imposée, la ponctuant sans faillir d’un « c’est pour ton bien ! ». Elle qui, d’habitude, se décrivait comme un être faible se révélait soudain dans sa toute-puissance, et moi, je n’ai rien pu ni su faire d’autre que de lui obéir. Je suis donc parti, seul, encombré de deux vies, contraint de naviguer entre mon identité première et celle de mon frère disparu, et j’ai dû porter ce bagage tout en faisant ma route. J’y ai rencontré la solitude, le travail, les autres, un pays inconnu, une langue nouvelle, j’y ai découvert la vie et son lot de questions, les hommes, les femmes. Et je m’y suis découvert, moi. J’ai compris aussi que, s’il est des destins dont la chance est de savoir s’imposer d’emblée, il en est d’autres qu’il faut apprivoiser et sans cesse définir et inventer, en allant chercher la matière très loin en soi. Des destins aux multiples épreuves, tels des parcours initiatiques, avec en récompense ultime une renaissance à soi et au monde. Un roman à l’écriture sobre et concise, une réflexion subtile sur l’identité et la destinée.

A la mort de son frère, la narratrice est contrainte par sa mère d’endosser l’identité du disparu, pour ne pas laisser perdre sa solde de gendarme garantie à vie.

MON RESSENTI

Hayat El Yamani s’est inspirée d’une histoire vraie pour bâtir son récit, celle d’un jeune homme qui doit prendre la place de son frère décédé. On est tout de suite plongé dans ce récit découpé en 5 chapitres. Le premier chapitre « Avant » revient sur les quelques jours qui ont précédé le drame. Suivent alors trois chapitres, « La tente », « Le choc », « La lettre » pour finir avec le chapitre  « l’attente » qui  relance le récit. Le style est simple et l’écriture va à l’essentiel et cela convient tout à fait tant l’histoire se suffit à elle-même.

Ce bouquin, construit avec finesse, évoque la recherche d’identité d’un jeune marocain. L’histoire (vraie) est terriblement simple, dramatiquement simple ! Mohammed se noie le jour où il reçoit son affectation dans une école de gendarmerie. Sa mère décide alors d’y envoyer son jeune frère Fayçal. Lequel doit dès lors  renoncer à tout ce qui le construisait. Plus jamais, il ne sera Fayçal…

L’auteur est d’origine marocaine et elle a puisé dans ses souvenirs pour nous décrire au plus près les doutes et les certitudes de cette famille du Maghreb. Les angoisses du jeune Fayçal confronté à une vie qu’il n’a pas choisie. Une existence dont il ne sait que faire.

D’une écriture précise, parfois forte, d’une poésie aux parfums d’orient mais sans fioritures, l’Auteur nous parle de conquête de soi par-delà les identités, les schémas familiaux et les routes toutes tracées ; elle nous parle de voyage initiatique avec ses épreuves, ses doutes, ses vides et ses illuminations.
Ses personnages ne sont pas des archétypes, ils ont chair et vie, et pourtant ils nous parlent de cet Autre, de cet étranger si différent… Et dont le cri ressemble tant au nôtre.

C’est aussi l’histoire d’un parcours initiatique avec ces questions : Peut-on échapper à son destin ? Et si le destin était fait de tous les hasards de la vie, et de tous les efforts que l’on fait pour s’arracher à la terrible fatalité de l’enfance ? 

Face à cette mère qui lui a donné la vie et la lui a reprise, Fayçal ne parviendra à s’en sortir qu’en redevenant lui-même, et en découvrant son identité auprès d’une autre femme.

VERDICT

L’écriture est agréable et en fait un livre tout aussi agréable à lire. Je le conseille donc.

EXTRAITS

« Ce n’est pas ton frère qui est mort, c’est toi ! Et tu prendras sa place dans cette école ! » Cette phrase inouïe, prononcée par ma mère en pleine détresse, me fit l’effet d’une déflagration ! »

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«  Mon frère venait de mourir noyé, l’équilibre familial de voler en éclats, mais je n’avais pas le temps de m’attarder sur ma peine, il me fallait d’urgence endosser l’identité du disparu, pour ne pas laisser perdre sa solde de gendarme garantie à vie. »

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