Nestor rend les armes, DUPONT-MONOD Clara

Nestor rend les armes

 

  • Broché: 117 pages
  • Editeur : Sabine Wespieser (25 août 2011)
  • Collection : LITTERATURE
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2848051000

L’HISTOIRE

Chaque matin, Nestor restait assis au bord de son lit. Il caressait doucement ses cuisses, les yeux fixés sur la moquette beige. Les grains de laine saillaient comme de minuscules têtes d’écume. Puis son cauchemar remontait. Il fallait marcher à contre-courant d’une rivière. Elle charriait de grands cercueils remplis de livres qui filaient droit sur lui. Alors Nestor pataugeait, de toutes ses forces, pour gagner la rive.
Il se réveillait en sueur. La maison était calme. Lui non plus ne bougeait pas. Il respirait à peine. Il sentait, sous sa peau, les battements de son coeur. Son corps palpitait au rythme tranquille de la panique. Mais il restait allongé. Dans cette chambre, Nestor était un objet de plus.
Il écartait sa main sur le lit. Il tendait son bras. Sur cet axe, il pivotait doucement jusqu’au bord. C’était son premier geste de vivant, le matin. Il remuait ses orteils comme lorsque, des années auparavant, il avait réellement les pieds dans l’eau, assis sur un rocher. Le souvenir du cauchemar se dissipait. Il se redressait. Descendre l’escalier, ouvrir les placards, préparer le café : ses gestes étaient pleins d’une solennité inquiète, comme lorsqu’un malade dort dans une pièce. Il ménageait son corps lourd. Il ne lui demandait jamais d’effort superflu. Peut-être l’aimait-il quand même, cette masse de plis et de rebonds. Avec elle, Nestor se montrait charitable.
Il se méfiait des débordements. Longtemps, il avait pensé que la solitude était un sentiment. Maintenant il l’apparentait aux branches nues des arbres ou au sang qui coule dans les veines. La solitude n’était pas une inclination du coeur mais un élément organique, inscrit dans les lois du monde. Nestor s’était résigné à cet ensemble de règles qui verdit les feuilles, dicte les rencontres, massacre des vies pour en épargner d’autres. Ni l’origine, ni l’aisance, et encore moins la volonté d’en découdre ne pouvaient espérer, une seconde, enrayer ces règles. Il fallait s’y plier. Il n’y avait là rien à chercher, rien à comprendre, et la meilleure parade était encore d’ouvrir un réfrigérateur.

MON RESSENTI

C’est un conte moderne que l’auteur nous livre,  un portrait bouleversant sans tirer sur  la corde du pathos.  Nestor: un superman qui s’ignore….

«Souviens-toi de ça: nous sommes pareils», clame Nestor. Nestor est obèse, toute sa vie tourne autour de la nourriture. Il semble se protéger du regard des autres en étant différent afin que personne ne l’approche. Il nous reste à savoir comment Nestor en est arrivé là, ce qui l’a poussé à s’enfermer de la sorte. C’est avec beaucoup de sensibilité que l’auteur nous mène dans cette histoire.

Nestor est attachant et le livre bouleversant. L’auteur nous laisse le choix entre trois fins possibles, à chacun de décider comment il va quitter Nestor.

Un bien beau livre sensible et juste sur un sujet peu traité si ce n’est dans des témoignages.

VERDICT

C’est un bon roman qui traite d’un sujet qui touche de plus en plus de personnes. Il se lit très rapidement et de façon agréable. Je le conseille vivement.

EXTRAITS

 » Souvent, il s’était demandé pourquoi la solitude n’avait pas son expression corporelle, au même titre que la migraine, qui s’accompagne de nausées, ou la grippe avec ses frissons de fièvre. Il imaginait une pathologie de la solitude, un point de côté, par exemple, une flambée d’acné, des ballonnements gastriques, une infection du foie… quelque chose qui permette de dire : « Je souffre de solitude, le nom d’une maladie très précise dont voici les symptômes. »Alors il suffirait d’une ordonnance et de quelques cachets pour que la maladie passe. »

**********

« Nestor est une masse qui gravite sans satellite. « Mon corps m’éloigne de vous et il me tient chaud. En un mot, il m’isole. C’est un ami et un tyran. Il n’essaie pas de se rendre aimable. » 

**********

« Elle saisit Nestor par l’épaule et l’obligea à s’étendre. Il n’opposa aucune résistance quand elle déboutonna sa chemise. Il se laissa toucher, tellement honteux que même la honte lui était égale. Sa chair débordait du pantalon, s’amassait sous les bras, faisait des bourrelets dans son cou. Mais elle cédait sous des gestes précis. Nestor n’était plus gros, ni déraciné, ni vieux. Il était un ensemble de connexions nerveuses et sanguines. Les médecins traitaient des corps en plainte. Ils se fichaient de leur fortune, de leur déboires ou de leur rang. « 

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