La vie en désordre : Voyage en adolescence, RUFO Marcel

la vie en désordre

 

  • Broché: 255 pages
  • Editeur : Editions Anne Carrière; Édition : CARRIERE Anne (1 octobre 2007)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2843374758

L’HISTOIRE

On envie les adolescents pour leur jeunesse et ses promesses, mais on oublie un peu vite qu’il s’agit aussi d’une période douloureuse,
parce qu’elle représente une perte : perte de la pensée magique de l’enfance, des illusions sur soi et sur le monde. Il faut apprendre à
accepter ses propres limites et se résoudre à
être toujours un peu moins glorieux que ce que l’on avait imaginé. On comprend alors pourquoi l’adolescence constitue un terrain favorable à l’apparition de troubles psychiques : ils expriment la fragilité inhérente à
cet âge, le doute sur soi et sur ses capacités à
plaire, à aimer et à être aimé, l’incertitude sur ce que l’on pourra devenir.

Mais un grand nombre de ces troubles, parfois spectaculaires, se révéleront transitoires. À
charge pour le psychiatre d’accompagner ce processus de maturation qu’est l’adolescence et de tout mettre en oeuvre pour relancer les perspectives d’avenir.

À la fois livre de souvenirs et réflexion sur l’exercice de son métier, La Vie en désordre est un plaidoyer pour une psychiatrie humaniste,
inventive et optimiste, loin des dogmes et du psychiatriquement correct.

MON RESSENTI

Ce qui est intéressant avec l’auteur, c’est que dans cet ouvrage, il s’adresse aux parents avec un langage que tous peuvent comprendre. Comme dans toutes ses oeuvres, il reste distant et modeste et trouve toujours les mots justes.

C’est très enrichissant et passionnant et nous entraîne dans l’esprit un peu bousculé de l’adolescent et nous apprend simplement à nous, parents, à trouver les pistes qui nous aideront juste à les accompagner un bout de chemin. Il ne  joue pas les redresseurs de tort  et ne nous donne pas les solutions, mais nous donne les clés pour envisager un voyage serein et confiant avec nos adolescents.

C’est bien écrit, et simple à lire. Il y a de l’humour, des mots simples et beaucoup d’humilité.

VERDICT

Ca peut aider certains parents et les aiguiller sur certaines pistes. Il faut le prendre pour ce que c’est et ne pas attendre des solutions.

EXTRAITS

« Je suis un vieux pédopsychiatre, un «archéopsy», dis-je parfois. Mais il se pourrait bien que l’âge, considéré trop souvent comme un handicap, représente un atout dans ce métier si particulier. Parce qu’il est synonyme de temps, il permet l’expérience, une expérience faite de rencontres, d’interrogations, de doutes, d’erreurs, de progrès, d’échecs, de remises en question, d’approfondissements, de chan­gements… et de quelques succès aussi, quand même. Ce temps passé, ces expériences accumulées autorisent à avoir un regard, une vue d’ensemble – sur ma vie, sur ma pratique, sur l’évolution de la pédopsychiatrie, cette drôle de spécialité qui en est encore à ses débuts.
Il m’apparaît que toutes ces années passées n’ont eu, paradoxalement, qu’un fil conducteur : le désordre. Désordre de la vie, avec ses découvertes, ses ruptures, ses deuils, ses imprévus. Désordre du psychisme et de ses va-et-vient permanents pour tenter de trouver un équilibre entre ses différentes instances : le ça, le surmoi et le moi, afin de vivre le plus harmo­nieusement possible avec soi-même mais aussi avec les autres. Sans cesse en mouvement, le jeu psychique est fait de souplesse, d’adaptabilité, de compromis qui permettent l’anticipation, la projection dans l’avenir, la négociation interne… On pense, on rêve, on élabore, on s’échappe, on se trompe, on repart, on improvise et on commence à avoir une idée de ce que l’on est… Mais le trouble vient figer les choses, à tout le moins les rigidifier. On dit alors que le jeu psychique se retrouve dans une impasse, comme si le sujet, ayant perdu sa capacité d’adaptation, se cognait toujours au même mur, réagissant à chaque fois d’une seule et même façon, par un même symptôme, une même attitude, sans jamais réussir à trouver d’autres moyens de faire face aux différentes situations qui se présentent à lui.
Très jeune, j’ai été confronté à mon désordre intérieur. Pour diverses raisons, mes parents me laissaient souvent durant plusieurs mois à Imperia, en Italie, dans ma famille maternelle. Nanin, le patriarche, partant à la pêche, sa femme Elvira vaquant à ses occupations, il arrivait que je me retrouve seul dans la maison. Je pouvais alors me livrer à l’une de mes occupations favorites : je fermais les volets et lançais contre le mur une petite balle de mousse, comptant inlassablement les allers-retours. Je passais mon temps à essayer de battre mes propres records. 253, 318… Souffrais-je de TOC (trouble obsessionnel compulsif) ? Pas dans la mesure où ce rituel ne m’empêchait pas de vivre par ailleurs. De toute façon, dans les années 1950, personne ne parlait encore de TOC ; grâce à cela, j’ai peut-être échappé à une carrière de «toqué».
Pourtant, les rituels faisaient partie de ma vie et, quand je ne lançais pas de balles contre le mur, je découpais soigneusement les aliments en deux portions égales, l’une que je mangeais, l’autre que je laissais. Finaude, ma mère avait fini par ne me présenter qu’une demi-tranche de jambon, mais, peine perdue, je la coupais encore en deux. Que pouvais-je bien chercher à travers ces activités répétitives, assez caractéristiques d’une névrose obsessionnelle précoce ? À éloigner mes pensées, à ne pas me laisser envahir par elles. Je les envoyais rebondir contre le mur avant de les réintégrer, le temps de comprendre pourquoi elles naissaient en moi et ce qu’elles avaient à me dire. Plutôt que d’effacer le désordre, j’essayais de le faire mien.
Est-ce à ce moment-là qu’est née une vocation dont je n’ai pris conscience que bien des années plus tard ? En effet, le psychiatre n’est pas celui qui met de l’ordre dans le psychisme : il aide chaque patient à apprivoiser son propre désordre qui fait toute sa richesse et sa singularité. »

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