Yellow birds, POWERS Kevin

yellow birds                  prix lecteurs 2014 livre poche                        arbre-de-coeur

  • Broché: 264 pages
  • Editeur : Stock (13 février 2013)
  • Collection : La cosmopolite
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2234073987

L’HISTOIRE

Bartle, 21 ans, est soldat en Irak, à Al Tafar. Depuis l’entraînement, lui et Murph, 18 ans, sont inséparables. Bartle a fait la promesse de le ramener vivant au pays. Une promesse qu’il ne pourra pas tenir. Murphy mourra sous ses yeux et hantera ses rêves de soldat et, plus tard, de vétéran. Yellow birds nous plonge au coeur des batailles où se déroule la vie du régiment conduit par le sergent Sterling.

On découvre alors les dangers auxquels les soldats sont exposés quotidiennement. Et le retour impossible à la vie civile. Kevin Powers livre un roman fascinant sur l’absurdité de la guerre, avec une force aussi réaliste que poétique.

MON RESSENTI

Dès la première phrase j’ai été conquise, il faut dire que je la trouve puissante et pleine de promesse :  » La guerre essaya de nous tuer durant le printemps », le ton est donné et je m’incline. Pourtant, je n’aime en général ni les livres ni les films de guerre, mais là j’ai eu un coup de coeur, un gros, très gros coup de coeur.

C’est une histoire simple, un schéma déjà vu mais jamais traité avec cette force, cette beauté et cette tristesse aussi. C’est une écriture épurée et un récit réaliste avec pour thème principal la guerre en Irak.  Les doutes, les peurs, le manque de la famille, le patriotisme, les peines des soldats sont disséqués et traités de main de maître par l’auteur.

Il y a une telle maîtrise dans l’écriture que l’on a peine à croire que c’est un premier roman.  C’est sans concession que l’on découvre les manoeuvres des Etats-Unis pour convaincre des jeunes gens pas préparés psychologiquement et physiquement à faire la guerre : promesse de papiers , études, reconnaissance, famille protégée.

On arrive à comprendre certaines attitudes, certains gestes que nous n’acceptons pas en tant que civils.

C’est vraiment poignant, j’ai été tour à tour écoeurée, révoltée, compatissante, triste. Vous l’aurez compris lire Yellow Birds c’est passer par une large palette d’émotions. Il n’y a pas d’espoir dans ce récit , que l’on en revienne ou que l’on en meure la guerre détruit tout sur son passage. Ceux qui en reviennent ne sont pas à envier  tant ils sont atteints psychologiquement.

Une histoire touchante et cruelle à la fois j’ai été touchée en plein coeur.

VERDICT

A lire absolument, ne passez surtout pas à coté. A faire lire aussi aux collégiens et lycéens. Un grand, très grand premier roman.

EXTRAITS

« Nous parcourûmes des ruelles, vîmes les restes de l’ennemi gisant, là où il s’était posté en embuscade, éloignâmes les armes du corps du bout de nos bottes. Rigides et pestilentiels, les cadavres gonflaient sous le soleil dans des positions improbables, certains le dos légèrement décollé du sol, d’autres tordus de façon absurde comme obéissant à des règles géométriques morbides. »

**********

« La guerre prendrait ce qu’elle pourrait. Elle était patiente. Elle n’avait que faire des objectifs, des frontières. Elle se fichait de savoir si vous étiez aimé ou non. La guerre s’introduisit dans mes rêves cet été-là, et me révéla son seul et unique but : continuer, tout simplement continuer. Et je savais qu’elle irait jusqu’au bout. »

**********

« La guerre essaya de nous tuer durant le printemps. L’herbe verdissait les plaines de Ninawa, le temps s’adoucissait, et nous patrouillions à travers les collines qui s’étendaient autour des villes. Nous parcourions les herbes hautes avec une confiance fabriquée de toutes pièces, nous frayant, tels des pionniers, un chemin dans la végétation balayée par le vent. Pendant notre sommeil, la guerre frottait ses milliers de côtes par terre en prière. Lorsque nous poursuivions notre route malgré l’épuisement, elle gardait ses yeux blancs ouverts dans l’obscurité. Nous mangions, et la guerre jeûnait, se nourrissant de ses propres privations. Elle faisait l’amour, donnait naissance, et se propageait par le feu.
Puis, durant l’été, elle essaya encore de nous tuer tandis que la chaleur blanchissait les plaines et que le soleil burinait notre peau. Elle faisait fuir ses citoyens qui se réfugiaient dans les recoins sombres des immeubles couleur de craie, et jetait une ombre blême sur tout, tel un voile sur nos yeux. Jour après jour, elle tentait de nous supprimer, en vain. Non pas que notre sécurité fut prévue. Nous n’étions pas destinés à survivre. En vérité, nous n’avions pas de destin. La guerre prendrait ce qu’elle pourrait. Elle était patiente. Elle n’avait que faire des objectifs, des frontières. Elle se fichait de savoir si vous étiez aimé ou non. La guerre s’introduisit dans mes rêves cet été-là, et me révéla son seul et unique but : continuer, tout simplement continuer. Et je savais qu’elle irait jusqu’au bout.
Quand septembre arriva, la guerre avait décimé des milliers de personnes. Les corps jonchaient ici et là les avenues criblées d’impacts, étaient dissimulés dans les ruelles, et entassés dans les creux des collines aux abords des villes, les visages boursouflés et verts, allergiques à présent à la vie. La guerre avait fait de son mieux pour tous nous éliminer : hommes, femmes, enfants. Mais elle n’avait réussi à tuer qu’un peu moins d’un millier de soldats comme moi et Murph. Au début de ce qui était censé être l’automne, ces chiffres signifiaient encore quelque chose pour nous. Murph et moi étions d’accord. Nous refusions d’être le millième mort. Si nous mourions plus tard, eh bien soit. Mais que ce chiffre fatidique s’inscrive dans la vie de quelqu’un d’autre.
Nous ne remarquâmes presque aucun changement en septembre. Mais je sais à présent que tout ce qui allait compter dans ma vie s’amorça alors. Peut-être la lumière descendait-elle un peu plus doucement sur Al Tafar, car elle se perdait au-delà des silhouettes fines des toits et dans la pénombre des renfoncements sur les boulevards. Elle inondait les briques de terre et les toitures en tôle ondulée ou en béton des bâtiments blancs et ocres. Le ciel était vaste et grêlé de nuages. Un vent frais nous parvenait des lointaines collines à travers lesquelles nous avions patrouillé toute l’année. Il soufflait sur les minarets qui s’élevaient au-dessus de la citadelle, s’engouffrait dans les ruelles en agitant les auvents verts, et poursuivait son chemin jusqu’aux champs en friche qui encerclaient la ville, pour finir par se briser contre les demeures hérissées de fusils dans lesquelles nous étions disséminés. Les membres de notre unité se déplaçaient sur le toit terrasse où nous étions en position – traînées grises dans les lueurs qui précédaient l’aube. C’était la fin de l’été, un dimanche me semble-il. Nous attendions. »

Publicités

Je laisse un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s