Tristesse de la terre : Une histoire de Buffalo Bill Cody, VUILLARD Eric

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Merci aux Editions Actes Sud

  • Broché: 176 pages
  • Editeur : Actes Sud Editions (23 août 2014)
  • Collection : Un endroit où aller
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2330035993

L’HISTOIRE

Alors, le rêve reprend. Des centaines de cavaliers galopent, soulevant des nuages de poussière. On a bien arrosé la piste avec de l’eau, mais on n’y peut rien, le soleil cogne. L’étonnement grandit, les cavaliers sont innombrables, on se demande combien peuvent tenir dans l’arène. C’est qu’elle fait cent mètres de long et cinquante de large ! Les spectateurs applaudissent et hurlent. La foule regarde passer ce simulacre d’un régiment américain, les yeux sortis du crâne. Les enfants poussent pour mieux voir. Le cœur bat. On va enfin connaître la vérité.

MON RESSENTI

Un roman passionnant et tellement bien écrit, je l’ai englouti en un rien de temps tellement j’ai été happée par l’histoire et hypnotisée par les mots de l’auteur.

On est bien loin des clichés habituels sur le Far-West et les indiens et j’ai découvert les débuts du show business. Le roman est court mais intense, aucun mot n’est superflu, un bien bel hommage aux indiens. Avec talent l’auteur nous captive et nous conte l’histoire fantasmée de Buffalo Bill, inventeur du Wild West Show.

L’idée de mettre des petites photographies est très bonne et apporte un effet miroir au texte. J’ai été saisie par l’horreur subit par les indiens qui est bien rendue dans ces 158 pages. J’ai adoré le choix du titre (qui m’a attiré en premier lieu) et la puissance des mots, un très beau, très juste roman qu’il faut avoir lu et qui mériterai d’être plus mis en lumière. C’est le roman de la naissance de l’Amérique et de la disparition des indiens. Buffalo Bill a inventé le divertissement de masse en mettant » en route l’implacable culture commerciale. » Mais qui aujourd’hui verra sur les photos le sourire triste de ces indiens déguisés ?

Rires des spectateurs avides de nouveautés contre le sourire triste d’un peuple désormais sans terres et sans souvenirs.

L’auteur nous livre un roman historique qui ne serait pas là sans la photo de la couverture. Bien contente qu’elle lui ai donné l’idée de faire ce roman car je me suis régalée.

VERDICT

Ne surtout pas faire l’impasse sur ce court récit d’aventure qui saura plaire au plus grand nombre. J’ai adoré.

EXTRAITS

 » L’idée centrale du Wild West Show était ailleurs. Il fallait stupéfier le public par une intuition de la souffrance et de la mort qui ne le quitterait plus. Il fallait le tirer hors de lui-même, comme ces petits poissons argentés dans les épuisettes. Il fallait que devant lui des silhouettes humaines poussent un cri et s’écroulent dans une mare de sang. Il fallait de la consternation et de la terreur, de l’espoir, et une sorte de clarté, de vérité extrême jetées sur toute la vie. »

**********

 » Que le bonhomme du Dakota nous pardonne. Qu’il nous ramène de son prétérit, s’il le peut, sa besace de soucis, là où les fragments d’Histoire s’emboîtent comme des mâchoires. Regardons-le une dernière fois.

Aimons sa tristesse, son incompréhension, nous la partageons, ses enfants sont les nôtres, son petit chapeau nous irait peut-être ! Regardons-le. La nuit est blanche. Souffle-moi ce qu’il faut écrire. S’il te plaît, ne me montre plus ton visage, ne me regarde pas. La terre est triste, le corps est seul. Je ne vois plus rien. Et toi, tu es là, roi pauvre, ayant pioché la mauvaise carte. »

**********

« Une fois que le Wild West Show eut rempli sa mission civilisatrice et qu’il eut avantageusement remplacé dans la conscience des hommes les Indiens de Chateaubriand, puisqu’on voulait en même temps les privilèges de l’élection et la cohue grisante, ce mélange d’ancien et de nouveau que Buffalo Bill avait incarné, que ce mélange était devenu à la fois odieux et indispensable, chaque nouvelle génération crut soudain lire, dans sa propre nostalgie, le signe d’une irréparable perte. Et Buffalo Bill lui-même avait senti derrière les murs de sa petite maison de brique, entre les vieux meubles en acajou et une estampe de Naples, je ne sais quel avilissement de la réalité. Alors qu’il trottinait vers Madison Square, lors d’un de ses séjours à New York, parcourant les fondations sublimes de la Ve Avenue, s’égayant ou se renfrognant en jetant un oeil aux vitrines des boutiques, se délectant parmi les premiers abonnés du shopping et dégoûté dans le même temps par leur invincible appétit, il devint brutalement évident à Buffalo Bill que la nostalgie n’était pas seulement une résistance vaine contre la nouveauté déchaînée, mais qu’elle était elle-même devenue à présent une forme de notre savoir. La civilisation était devenue cela : un alliage impossible de nouveautés et de regrets. Et pour cette raison sans doute, et pas une autre, Buffalo Bill Cody – lui qui avait inauguré une forme nouvelle, le divertissement de masse – tomba à son tour dans le grand langage oublié. »

 

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