A la mesure de nos silences, LOUBIERE Sophie

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Merci à Babelio et Fleuve Editions

  • Broché: 304 pages
  • Editeur : Fleuve éditions (8 janvier 2015)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2265099023

L’HISTOIRE

Jamais Antoine n’aurait pensé que son grand-père puisse agir ainsi : il y a quelques heures à peine, l’adolescent sortait du lycée, s’apprêtant royalement à rater son bac. Kidnappé par papi à bord d’un vieux coupé Volvo, il roule à présent vers l’inconnu, privé de son iPhone. À 82 ans, François Valent, journaliste brillant, aura parcouru le monde et couvert tous les conflits du globe sans jamais flancher. S’il a conclu un marché avec son petit-fils, c’est pour tenter de le convaincre de ne pas lâcher ses études. Mais ce voyage improvisé ne se fera pas sans heurts. La destination vers laquelle le vieil homme conduit Antoine – la ville de Villefranche-de-Rouergue, où il a grandi – a ce parfum particulier du remords. C’est là que l’enfance de François a trébuché. Lors d’un drame sanglant de la Seconde Guerre mondiale dont l’Histoire a gardé le secret. À la fois quête du souvenir et voyage initiatique, cette échappée belle les révèlera l’un à l’autre. La vraie vie n’est jamais là où on l’attend.

MON RESSENTI

COUP DE COEUR pour ce roman qui fait du bien, j’ai accroché dès la première page, l’auteur a su me captiver avec son phrasé , son histoire , ses personnages singuliers et sa sensibilité.  Ce roman nous parle des liens familiaux, des rendez-vous manqués que l’on essaie de rattraper, du regret et du souvenir. C’est aussi l’histoire de deux personnes d’une même famille qui sont blessés et qui vont apprendre à panser leur blessures ensemble. Ils vont apprendre à se connaître aussi.

Il y a beaucoup de finesse dans l’écriture qui ajoute à cette belle histoire, j’ai aimé l’évocation d’une période historique amenée avec subtilité , l’auteur a su analyser intelligemment l’univers des deux personnages principaux qui appartiennent à deux générations différentes. On retrouve tout à fait les expressions des ados, leurs habitudes et leurs univers. Très intéressant les changements de langage entre les deux.

C’est un voyage initiatique, une sorte de road moovie  qui ravira les amateurs de belles histoires  de famille. Ce roman fait forcément appel à quelques choses de personnel chez chacun de nous.  La fin est inattendue et j’avais rien décelé , je pensais savoir et je ne savais rien. Une bien belle histoire, de l’espoir . Ravie d’avoir lu un roman de qualité qui m’a accompagné pendant deux jours.

VERDICT

Emouvant et sincère, bien écrit et subtil , j’ai refermé le livre heureuse de l’avoir lu. Ne vous privez pas d’un bon roman.

EXTRAITS

 » Charriée par le vent, la clameur des enfants dans la cour d’une école ravivait des souvenirs de craie et d’encrier. Les cyprès tendaient la pointe de leur cône effilé comme une flèche, narguant les nuages d’éternité. A la limite de propriété, le cerisier frémissait sous la brise et ployait sur le sol des branches chargées de fleurs aux coeurs d’or parfumés.
Un vieil homme étendu près de l’arbre opposait son immobilité aux bruissements du feuillage. Mille étoiles palpitaient sous ses paupières et fuyaient s’il tentait d’en suivre la trajectoire. Une petite chienne virevoltait autour de lui ; ses jappements insistants l’éveillèrent enfin. Le vieil homme froissa l’herbe sous ses paumes, porta une main à son visage. Du sang coulait doucement d’une plaie ouverte à la racine des cheveux. Il repoussa la truffe minuscule. Grogna. Palpa la peau sous le chandail – là où s’écrivait une cicatrice verticale. Il parvint à s’asseoir, un poing contre le coeur. La brouette avait chaviré avec lui, déversant son contenu sur le gazon. La fourche à bêcher tenait encore au garde-à-vous, mordant la terre, cette terre plus dense à cet endroit comme pour signifier que rien n’était donné sans effort, que le monde se résumait à l’accomplissement d’une tâche. Du haut de leurs tiges, les iris tiraient des langues velours à l’élève infortuné ; la nature se plaisait à faire la grimace.
Le vertige l’avait surpris alors qu’il attaquait les plates-bandes, et sans doute était-il resté longtemps sans connaissance. Dès l’aube, guettant l’écume du soleil levant, et après quelques longueurs dans la piscine, il s’était armé d’outils, impatient de racler, biner, tailler, remodeler l’univers végétal où la maison était éclose. Cette demeure à l’âme centenaire bâtie sur les bords de Marne, patrie des frênes, des roseaux et des saules blancs, prenait une teinte farouche lorsque la nuit tombait, accrochant des reflets roux à ses fenêtres. Combien de volets à fermer chaque soir ? Une maison trop vaste pour la solitude.
Il semblait au vieil homme qu’un essaim de bourdons encerclait son crâne dans un fracassant vacarme. Rescapé de son propre naufrage, jamais il n’avait rejoint la cuisine d’un pas aussi lent, comptant les battements de son coeur. Cette respiration était celle d’un autre, un faux frère, un souffreteux. Il ouvrit le congélateur, s’empara d’un sachet de petits pois qu’il appuya contre sa tempe et s’affala sur une chaise. Il voulut ensuite se servir un verre d’eau. La bouteille chancelait sous sa paume, versait de travers. Composer le numéro du médecin ne fut guère plus aisé. Il attendit sa venue, figé sur la chaise, négligeant le canapé plus confortable du salon, une chienne poids plume sur les genoux, les épaules si faibles que ses bras en tombaient.
Consigné à l’office.
Le vieil homme affichait une mine coupable, songeant à l’effroi de sa femme si elle l’avait trouvé tout engourdi sur le gazon. Clémence ne se serait pas contentée de lui lécher le menton à la manière de Dora, elle se serait cassé les reins en essayant de le relever, le maudissant, l’accablant de reproches. »

**********

« le malheur, c’est comme une brassée de fleurs qui te tombe dessus. Tu peux choisir d’en faire une couronne mortuaire ou bien un bouquet qui fleurira la table d’un banquet pour le mariage de tes petits-enfants. »

**********

 » La vieillesse figeait l’honnête homme dans la caricature. Et la jeunesse n’était guère enthousiaste à l’idée de faire un brin de chemin avec l’ancêtre. Chacun allait depuis toujours de son côté ; deux embarcations parties du même port, poussées par des vents contraires. Une bourrasque inopinée les rabattait l’un vers l’autre sous l’averse »

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5 réflexions au sujet de « A la mesure de nos silences, LOUBIERE Sophie »

  1. Çà y est j’ai enfin lu ce superbe livre. Merci de me l’avoir offert car il valait vraiment le coup d’être lu. Il est doux, sincère, émouvant et tellement bien écrit limite poétique par moment. On en apprend beaucoup sur les temps de guerre. J’ai beaucoup pensé à notre papi et j’aurais tellement vivre la même aventure avec lui. un livre que je recommande parce qu’il est super et parce que j’ai été tristoune de l’avoir déjà fini. Les larmes m’ont accompagnées par moment.

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