Ce que Fanny veut, LEBERT Karine

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  • Broché: 317 pages
  • Editeur : Presses de la Cité (9 avril 2015)
  • Collection : Terres de France
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2258117127

L’HISTOIRE

Paris, fin du XIX esiècle, entre la butte Montmartre et les quartiers chics de la capitale, Fanny, jolie fleur ambitieuse et maligne de bientôt seize ans, met tout en œuvre pour s’extraire de sa condition. Elevée par une fille-mère, ancienne prostituée et alcoolique, elle gagne sa vie en posant pour des peintres en mal de gloire en espérant un avenir meilleur. Pour parvenir à ses fins, elle mise sur sa beauté, son culot, et trois hommes : Geoffroy, le bel aristocrate, Nathan, le médecin philanthrope, et Sam, compagnon de route de toujours… Elle parviendra à se hisser à la condition enviée de nourrice dans une belle maison bourgeoise, en sacrifiant sa propre famille, mais Fanny, imprévisible, n’en a jamais assez…

MON RESSENTI

Fresque sociale d’une époque et de Paris réussie , le travail de documentation est très précis et fouillé, on sent que l’auteur est passionnée et y a consacré du temps. Très bonne retranscription du Paris du XIX ème avec son lot de transformations et des événements importants, l’auteur a bien fait d’incruster des faits réels ce qui rend la lecture plus passionnante. On apprend beaucoup sur les us et coutumes de l’époque, les codes de conduites des différentes couches sociales.

Fanny est un personnage de femme forte et ça , ça ne pouvait que me plaire, j’aime comme elle se bat pour ses choix et comme elle se fiche des conventions, par contre son coté égoïste, centrée sur elle-même et manipulatrice font que je l’ai détestée . C’est une anti-héroïne.

C’est un livre romanesque qui plaira aux passionnés du genre et très féminin. Et puis, Montmartre y est bien décrit, c’est un plaisir de retrouver ce quartier tellement charmant dans un roman.

Un moment de lecture agréable et plaisant.

VERDICT

Un livre pour les amateurs d’histoire de femmes, de Paris et de la belle époque.

EXTRAITS

 » Le Maquis

Fanny Descoeur entrait dans sa seizième année. Le regard noyé de soleil, les cheveux emmêlés, à demi assoupie dans le parfum d’un petit carré d’herbes bordé par deux constructions branlantes, au milieu d’un fouillis de lilas, de seringas, d’aubépines et de roses, embrassant tout Paris, Fanny était heureuse.
Comme sa mère et sa grand-mère, Fanny avait toujours vécu à Montmartre. Elle aimait ce village où elle était née, ses ruelles zébrées d’ombre, ses maisonnettes avec leurs potagers, ses églises, son cimetière, ses calvaires, ses places ceinturées d’arbres, ses quelques commerçants – «Voilà le plaisir, mesdames !», «Du mouron pour les petits oiseaux», «J’ai de la cerise !» -, ses bistrots à foison.
Elle y connaissait tout le monde et tout le monde la connaissait, mais celui qu’elle préférait était Samuel Mazodier, dit Sam, le fils à moitié avoué d’une blanchisseuse et d’un rapin de passage. Fanny avait de longs cheveux blonds qui faisaient sa fierté, un visage aux joues roses mangé par des yeux de félin et une précocité de corps qui lui attirait à la fois des faveurs et des ennuis dont elle usait parfois comme le moyen de satisfaire une ambition.
Tel ce jour où elle avait croisé dans la rue ce jeune peintre un peu niais dont les toiles se vendaient à cent cinquante francs – une fortune !
– Théo, tu me donnerais un de tes tableaux ? Elle lui avait souri, dévoilant des dents très blanches. Son corsage se tendait, un parfum indéfinissable se dégageait d’elle, une fragrance un peu trop sucrée… Elle était si jolie !
– Viens chez moi, demain, avait-il répondu en rougissant. Je te montrerai ce que j’ai et tu choisiras toi-même.
Le lendemain, elle avait jeté son dévolu sur la plus grande toile aussitôt revendue à un marchand du coin pour la moitié de son prix. Grâce à l’argent récolté, elle se procura tout un lot de colifichets au marché. Ni honte ni remords, même quand le peintre vit exposée son oeuvre dans la vitrine du père Carot ; rien que la joie d’avoir tiré le maximum de la situation.
Il n’était pas loin de dix-sept heures. Toute une flopée d’enfants couraient dans l’herbe à la poursuite d’un lapin de chou.
Un garçon à la chevelure rebelle, d’un noir de corbeau, marchait entre les bicoques avec un visage fermé. Sam aperçut la silhouette familière de la jeune fille qui s’étirait et, tout sourire, il augmenta son allure sans faire de bruit. A pas de loup, il s’approcha de Fanny et lui entoura la taille des deux bras. »

**********

 » Fanny attendait un enfant.
Elle flottait entre la hantise et la joie, tremblante à l’idée de grossir, redoutant que le fait de devenir mère ne la relègue parmi les femmes pour lesquelles on ne faisait plus aucune folie. Une partie de sa jeunesse disparaissait à mesure que son ventre prenait de l’ampleur. Parfois, cette excroissance lui paraissait étrangère, presque inopportune, et parfois elle la couvait d’un regard fier, possessif, en excluant toute autre priorité de ses pensées. »

**********

 » A la question de leurs métiers, ils répondaient peintres, écrivains, poètes, sculpteurs, comédiens, humoristes, chansonniers, même s’ils n’avaient enfanté qu’une œuvre, même si leurs toiles se bradaient pour quelques sous aux Puces et si, pour se renflouer, ils haranguaient le public dans les foires ou jouaient les acrobates au cirque, barbouillaient des livres pornographiques et fuyaient leurs créanciers. Mais ils songeaient que le destin n’avait pas permis de rassembler sur cet îlot un groupe d’artistes sans but. Qu’ils soient le courant d’un nouvel art ou périssent tous ensemble dans l’effondrement de la Butte, il devait se passer quelque chose. D’où leur persévérance, pour certains déjà récompensée, alors que d’autres n’en obtiendraient jamais gain de cause. »

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