Moi, empereur du Sahara, BEDU Jean-Jacques

9782226258168g

Merci aux Editions Albin Michel

  • Broché: 304 pages
  • Editeur : ALBIN MICHEL (4 juin 2014)
  • Collection : LITT.GENERALE
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2226258167

L’HISTOIRE

« De Mogador à Tombouctou, tout le Sahara savait qu’un fêlé avait débarqué au Cap Juby, un homme très riche ». Après avoir fait les quatre cents coups entre casinos, cabarets, demi-mondaines et Jockey Club, Jacques Lebaudy, richissime héritier des Sucres Lebaudy, décide de conquérir un empire, à l’instar de cet Antoine de Tounens qui avait fondé le royaume de Patagonie. Il jette son dévolu sur la pointe septentrionale de l’Afrique où il débarque le 18 juin 1903, s’autoproclamant Jacques 1er, empereur du Sahara. Cette folle équipée, qui sèmera la panique au sein de toutes les chancelleries, fera de lui le personnage le plus ridicule de la Belle Epoque. Un grand roman d’aventures tragi-comiques, qui nous entraîne sur fond de conquête coloniale dans les tribulations d’un singulier mégalomane. Une histoire rocambolesque et pourtant véridique qui a valu à Jean-Jacques Bedu le prix Pierre Benoit du roman romanesque.

MON RESSENTI

Un roman fort drôle c’est sûr, mais qui interroge aussi sur le pouvoir de l’argent. Les scènes décrites sont ahurissantes, parfois drôles parfois elles nous laissent dubitatifs mais quoi qu’il arrive on s’en souvient et elles ne laissent aucun lecteur indifférent. L’auteur a réussi à donné une dimension cinématographique à certains passages.

Il y a évidemment beaucoup d’ironie dans ce roman mais aussi des questions de fonds sur le pouvoir, sur l’argent , sur le narcissisme.

De la folie, de la mythomanie d’un cinglé qui se croyait intelligent alors que ce n’était qu’un pantin, un pauvre bougre manipulé alors qu’il se voulait manipulateur. Mégalo et ridicule on s’attache quand même à ce personnage singulier.

VERDICT

Un roman qui m’intriguait et que je ne regrette pas d’avoir lu. Et le pire c’est que c’est une histoire vraie romancée !

EXTRAITS

« -Mon fils, n’oublie jamais ce que nous venons de vivre. C’est toi que je désigne pour me succéder à la tête de mon Empire. Sache désormais que le million est la seule unité à partir de laquelle je condescends à compter. Tu en feras de même. Hier j’en ai gagné cinquante, demain ce sera cent, après demain deux cents. Avec cet argent, nous sommes plus puissants que tous ces mufles et les politicards véreux qui se succèdent à la tête de notre pays en déliquescence. Le pouvoir voilà ce à quoi tu dois aspirer. »

**********

 » Il y avait foule autour du kiosque à flonflons, et le chef d’orchestre faisait fi du bruit pour imposer la mesure. Aux premières notes de musique, les couples se mirent à zigzaguer, onduler, farandoler et pirouetter en s’enlaçant. La plupart des femmes étaient trop grasses ou bien trop maigres. Les hommes, le chapeau sur la tête, plastronnaient devant ces filles à l’air effarouché, se livrant sans résistance, dès qu’on les chatouillait, à la morsure du premier baiser. Les spectateurs, jouissant du spectacle, faisaient un cercle autour des danseurs et, quand le morceau prit fin, les grisettes se mirent, de concert, à glapir comme des grues, ce qui eut pour effet d’exaspérer Amicie qui brodait sur un banc.
– Jules, regardez ces poules. Cette chair frelatée qui s’anime et tressaute me dégoûte. On a envie de leur donner vingt sous pour manger un bifteck et boire un verre de bière. Quant à leurs hommes, ce ne sont que des suppôts d’estaminets crasseux !
Jules ne disait rien. Un éclair dans ses yeux veules trahissait la joie qu’il avait d’observer ces déhanchements de corps, et il esquissa un sourire bestial flairant le rut. Il les connaissait trop bien, ces filles du Luxembourg. Il y avait les veuves qui, en guise de consolation, venaient chercher une aventure galante ; les apprenties modistes gambadant comme des canailles, se réfugiant derrière les portes d’immeubles en dégrafant leurs corsages ; les petites ouvrières consentant, en l’échange d’une croûte ou d’un bock, à une défaillance peu tarifée, et à proximité des deux portes, on trouvait des beautés peu vêtues pour la thune. Plus loin, derrière des massifs ombreux et touffus, la chose se passait entre femmes. Jules se tourna vers son épouse qui continuait son ouvrage.
– Madame, il faut bien que le petit peuple s’amuse. H est vrai que les loisirs en votre compagnie ne sont guère légion. Cette promenade dominicale que vous m’imposez m’exaspère.
Soulevée par la force volcanique de cette nouvelle agression, Amicie se retint de déverser toute sa lave faite d’un magma de haine et de rancoeurs. Elle n’ignorait rien des écarts de son mari, se jurant, pour avoir enfin la paix, de se préparer bientôt à la guerre.
– Que connaissez-vous des joies du petit peuple, monsieur, vous qui l’exploitez sans vergogne ? Je ne sais ce que vous manigancez encore, mais cela ne me dit rien qui vaille. »

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