N’appartenir, MISKE Karim

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  • Broché: 88 pages
  • Editeur : Editions Viviane Hamy (7 mai 2015)
  • Collection : DF-CONTEMPORAIN
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2878586131

L’HISTOIRE

N’appartenir, ou quand la colère se fait salvatrice et pleine d’humour. Né d’un père mauritanien, diplomate et musulman et d’une mère française, assistante sociale, professeure, athée et féministe, Karim Miské est une bizarrerie aux yeux de ses contemporains : une «tête d’Arabe avec des manières de Blanc». Sans cesse ballotté entre toutes ses identités, il fera le choix de n’en accepter aucune. Mais son miroir et les regards ne lui feront jamais oublier qu’il est le bâtard, le paria. Perdu entre plusieurs mondes – religieux, ethniques, culturels, politiques -, entre plusieurs pays – la France, la Mauritanie et même l’Albanie d’Enver Hoxha -, il découvre la littérature et décide qu’elle sera son refuge. Pour lui, le seul antidote possible se trouve dans la voix des autres, Arendt, Sartre, Orwell, Manchette, Patti Smith ou encore Johnny Rotten. Cocasse, enlevé, généreux, provocateur et nécessaire, N’appartenir est un cri de liberté, à la fois récit d’un parcours atypique et radioscopie de la complexité de l’humain. C’est un miroir tendu à celui qui refuse les mensonges sur lesquels toutes les sociétés se sont construites.

MON RESSENTI

Un immense coup de coeur pour ce deuxième roman de Karim Miské dont je voulais lire les écrits depuis un moment.  Une pépite . Je ne regrette pas j’ai adoré, dévoré ce court roman où l’auteur nous parle de l’appartenance, de l’identité et du métissage et tout ce que cela implique. Il nous parle de sa propre histoire, lui fils de diplomate mauritanien musulman et d’une assistante sociale française athée . J’ai aimé ce livre car le ton est juste, le sujet est maîtrisé (et pour cause) et qu’il fait écho à ma propre vie, à mes enfants qui sont eux aussi le fruit d’un métissage et que j’encourage à suivre leur propre voie et faire leur choix sans peur de décevoir l’un de leur parent.  C’est un roman coup de poing, un témoignage puissant qui ne laisse pas indifférent et qui donne à réfléchir.

On prend conscience de la difficulté de n’être jamais tout à fait à sa place , de n’être pas assez blanc pour certains, pas assez noirs pour les autres, d’être pas assez catholique d’un coté pas assez musulman de l’autre. C’est dur de n’être au final ni ici ni là-bas et d’être un étranger partout.  Ce livre parle de la recherche de soi, de la construction de son identité en dépit des attentes des deux cotés de la famille.  Se chercher, comprendre d’où on vient pour savoir où l’on va et choisir sa vie sans choisir de camp car c’est tout ce mélange qui donne notre identité, notre force, tout un programme !

Que l’on soit issu du métissage ou pas cela parle à tous, car on a tous été confronté petit aux incompréhension du monde des adultes, à leurs mensonges, leurs petits arrangements avec la réalité et leur contradiction. On a tous un jour eu un choc en découvrant que nos proches nous ont menti ou manipulé « pour notre bien ». L’auteur ne fait pas de concession, il dit les choses telles quelles sont et telles qu’il les ressent.

C’est à son introspection que nous convie l’auteur, il nous fait part de ses sentiments, ses constatations, la découverte d’une certaine hypocrisie familiale. Ce fut une lecture très enrichissante, plaisante et émouvante. J’ai aimé la langue et l’écriture et j’ai du coup commandé son précédent livre que j’ai hâte de lire. De nombreuses références cinématographiques, musicales et littéraires viennent se glisser pour mieux appuyer la trame de cette biographie profonde et honnête.

Une réussite et pour moi un auteur à suivre. J’ai été émue à maintes reprises et me suis mise à sa place, à la place de mes enfants… Une petite pépite dont je relis quelques passages régulièrement depuis que je l’ai fermé. A faire lire à tous les métis qui doutent pour qu’ils soient fiers d’être eux et qu’ils s’appartiennent.

VERDICT

Un coup de coeur pour ce roman court qui parlera à tous. Il ne faut pas passer à coté, précipitez-vous en librairie et régalez-vous des mots de Karim Miské.

EXTRAITS

 « Comme si toute ta vie, les gens n’allaient pas réagir à ta tête et à ton nom. Comme si tu pouvais arrêter d’être l’Autre. Et non. Cette place tu vas l’occuper, pas le choix. Lui donner un sens, en faire ton métier aussi. »

**********

« Car ce drôle de sentiment d’appartenir, je le comprends mais jamais ne le ressens entièrement. Un truc m’échappe et toujours m’échappera, de l’ordre du mystère de l’incarnation. Par éclairs, je crois l’attraper au vol, mais non, je ne peux m’incorporer. Je souffre d’une impossibilité structurelle, depuis toujours, d’adhérer. »

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« Comment on fait pour être inclus ? par où on rentre ? y a un guichet ? On peut s’inscrire quelque part ? Parce que, pour tout dire, se tenir à l’écart, planer au-dessus, ça fait du bien à l’égo. Ca oui. Mais on se sent seul aussi. Fatigué parfois de tenir cette auguste position. »

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« Bien sûr, j’ai essayé. D’appartenir. Tenté d’être ce que je ne pouvais . Arabe ? J’aurais fait un excellent arabe si seulement j’avais pu croire en mon miroir. Musulman ? Chrétien ? J’ai tourné autour, mais la foi, rien à faire, ça s’invente pas. Blanc ? Le miroir me criait que non, si fort que bien souvent j’e l’évitais. »

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 » Tu préfères ton père ou ta mère ? traduction : tu préfères les français ou les arabes ? les chrétiens ou les musulmans ? Eux ou nous ? T’es où toi ? T’es qui toi ? Tu vas nous le dire, qu’on puisse dormir en paix, rassurés, ayant enfin réussi à tracer la frontière entre eux et nous. J’étais le poste-frontière, le douanier. Je ne pouvais pas zigzaguer sur le tracé, fallait que je me range. Du bon côté. »

**********

  » L’être humain n’est pas bon, ducon ! Il aime tuer, mentir, tourmenter. Puis s’en vouloir et jouir, qu’il passe à l’acte directement ou par procuration. Seulement voilà « tu ne tueras point », patin couffin. Alors il faut biaiser, s’inventer des raisons, des prétextes. Appartenances, tribus, identités, communautés, systèmes de croyance, tous ces trucs indispensables et insensés fournissent des alibis en série. « 

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