Ailleurs, RUSSO Richard

41607pszQrL

 

 

 

 

 

L’HISTOIRE

Un monde ailleurs : c’était le rêve de Jean Russo, femme fière, charmante, autoritaire mais fragile, brisée dans son désir d’indépendance par de violentes crises nerveuses. À chaque étape de la vie de son fils, de son enfance à Gloversville à son mariage, elle l’a suivi comme une ombre encombrante et intouchable. À cette mère fêlée, et muse, l’écrivain offre un vibrant portrait et saisit avec lucidité le lien singulier qui unit une mère à son fils.  » Intense, subtil et sensible (…) une tendre partition, faite de regrets mais aussi d’amour. De beaucoup d’amour.  » Elle Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch.

MON RESSENTI

Un bel hommage rendu par l’auteur à sa mère, dans les années 50 il est très dur d’être une femme divorcée et qui plus est avec un enfant à charge. C’est dur socialement, c’est dur économiquement, elle va devoir se battre. C’est donc le portrait de sa mère et de leur relation compliquée qui surgit de ces pages avec puissance et sensibilité. Il a été très dur pour ce fils d’être l’unique objet de l’attention de sa mère, d’être son pilier, cela donne lieu à des situations difficiles à supporter.

Il se trouve que sa mère va être maniaco-dépressive, rendant impossible l’émancipation car il se sent obligé de l’emmener partout avec lui et de la soutenir. On prend conscience du poids que cela peut être pour les enfants d’avoir des parents qui comptent trop sur eux, qui en attendent trop et qui n’ont qu’eux dans leur vie.

J’ai aimé l’écriture simple mais poétique et surtout malgré tout l’amour qui transpire entre chaque page. On sent que ce fils aime très fort sa mère et l’admire et en même temps ce n’est qu’à sa mort qu’il pourra enfin vivre sa propre vie. Car même marié et père il est obligé de l’avoir avec lui et cède à ses chantages et ses manipulations. Je tire d’ailleurs mon chapeau à sa femme car c’est très difficile de supporter quelqu’un qui n’est pas bienveillant sous son toit.

j’ai beaucoup aimé les passages sur les livres, les bibliothèques, le désir de devenir écrivain.

Ailleurs, c’est comment aimer et supporter une mère à l’égo surdimensionné, possessive et manipulatrice. Un cri d’amour sans larmoiement, sans pathos qui se lit d’une traite et de grande qualité.

VERDICT

Un très beau roman entre autobiographie et biographie sur l’amour filial. Je le conseille à toute personne aimant les romans sur les rapports humains, sur les rapports filiaux. Très réussi.

EXTRAITS

 » Il ne me fallut pas longtemps pour découvrir que l’écriture de romans était une activité qui convenait à mon tempérament et utilisait mes qualités, quelles qu’elles soient. Car, ne laissez personne vous dire le contraire, écrire un roman, c’est principalement faire du triage (ça maintenant, ça plus tard) et de l’obstination. C’est avancer à tâtons dans le noir, en essayant d’échapper à la Loi des conséquences imprévues. C’est vivre avec l’incertitude et l’accueillir volontiers. Essayer quelque chose et, si ça ne marche pas, en essayer une autre. Accepter le désordre. Renoncer à une bonne idée au profit d’une meilleure. Savoir que vous n’atteindrez pas la ligne d’arrivée avant un an ou deux, ou cinq, ou peut-être jamais, et ne pas vous en soucier. Avancer en mettant un pied devant l’autre. Prendre des petites bouchées, bien mâcher. Et recracher. Savoir qu’après avoir enfin ordonné tout ce qui peut l’être vous rechercherez à nouveau le chaos. Rincer et recommencer. Bizarrement, sans en avoir l’intention, j’avais découvert comment transformer l’obsession en ce que ma grand-mère appelait le pur esprit de contradiction – des traits de caractère qui avaient poursuivi mes deux parents et les avaient entraînés dans des ennuis sans fin – à mon avantage. Ces mêmes qualités qui, une vie durant, avaient restreint le monde de ma mère avaient élargi le mien. Comment, par quel mécanisme ? La simple chance ? La grâce ? Sincèrement, je n’en ai aucune idée. Appelez-ça comme vous voulez, sauf la vertu. »

**********

 » Je n’étais pas un être supérieur, uniquement une personne éduquée, et cela, je le devais en grande partie à ma mère. Peut-être avait-elle tenté de me dissuader de devenir écrivain, mais si j’en étais un aujourd’hui, elle en était la principale responsable. Quand nous vivions dans Helwig Street, après ses longues journées de travail chez G.E., après avoir préparé son frugal repas et fait la vaisselle, la lessive (sans l’aide d’un lave-linge) et le repassage, après avoir vérifié que tout était prêt pour l’école le lendemain, elle aurait pu s’écrouler devant la télé, mais elle ne le faisait pas. Elle lisait. Tous les soirs. Ses goûts, qui n’avaient pas été formés comme le seraient les miens plus tard par une pléthore de professeurs de littérature, étaient tout aussi dogmatiques; elle lisait Daphné Du Maurier et Mary Stewarts jusqu’à ce que les couvertures se détachent et que les livres doivent être remplacées. C’est grâce à ma mère que j’ai appris que lire n’était pas un devoir, mais une récompense, grâce à elle que j’ai eu l’intuition d’une vérité essentielle : la plupart des gens sont enfermés dans une existence solitaire, une vie restreinte par le manque et l’absence d’imagination; des limites que ne connaissent pas les lecteurs. Vous ne pouvez pas créer un écrivain sans créer d’abord un lecteur, et c’est ce que ma mère a fait de moi. En outre, même si je n’avais pas l’âge de m’intéresser à ses livres, ceux-ci participèrent à la fabrication de l’écrivain que je deviendrais plus tard, un écrivain qui, contrairement à beaucoup d’auteurs formés à l’université, ne considérait pas le mot « intrigue » comme un gros mot, qui faisait attention au public et au rythme, et qui se montrait peu tolérant envers les prétentions littéraires. »

**********

« Ma mère possédait ce que l’on pouvait véritablement appeler une bibliothèque. Même si celle-ci comptait moins de cinq cent ouvrages, des livres de poche bon marché en majorité, dont certains avaient été achetés vint-cinq cents en solde, ils exprimaient ses goûts et sa personnalité. Je possédais dix fois plus de livres, mais ce n’était pas une bibliothèque. Ma femme et moi avions mis nos livres en commun depuis longtemps (nos goûts étant compatibles dans l’ensemble, sans être identiques) et un grand nombre de nos étagères accueillaient des ouvrages écrits par d’anciens étudiants ou collègues. Il y avait également une incroyable quantité d’épreuves brochées envoyées par des éditeurs en quête d’un commentaire approbateur. Et, bien entendu, il y avait des livres que, pour une raison ou une autre, je me sentais obligé de lire. Barbara et moi avions le plus grand mal à nous séparer des livres, même ceux que nous n’aimions pas, sachant que derrière les pires échecs se cachait un auteur qui avait trimé amoureusement, pendant Dieu sait combien de temps. C’est du sentimentalisme, évidemment, et si vous y succombez vous ne créerez jamais une bibliothèque, pas comme celle de ma mère, en tout cas. Si un inconnu entrait chez elle, un rapide examen de ses livres lui donnerait une assez bonne idée de la personne qu’elle était, alors qu’il pourrait juste dire de nous : La vache, ces gens-là ont des tonnes de livres. »

Publicités

2 réflexions au sujet de « Ailleurs, RUSSO Richard »

Je laisse un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s