Les jeunes de banlieues mangent-ils les enfants ? Thomas Guénolé (Auteur), Emmanuel Todd (Préface)

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L’HISTOIRE

Le « jeune-de-banlieue », c’est l’ogre des temps modernes. Arabe mal rasé de 13-30 ans vêtu d’un survêtement à capuche, il se promène avec un cocktail Molotov dans une main et un couteau à cran d’arrêt dans l’autre. Il fume du shit dans les cages d’ascenseur. Il brûle des voitures. Il gagne sa vie grâce à des trafics et en fraudant les allocations sociales. Sa sexualité consiste à violer les filles en bande dans des caves ; sa spiritualité, à écouter les prêches djihadistes de l' »islam-des-banlieues », dans des caves également. Il hait la France, l’ordre, et bien sûr, il déteste les Français (comprendre : « les Blancs »). Il aime le djihad et l’islamisme. Son rêve : partir en Syrie se battre aux côtés d’Al Qaïda ou de Daech, pour ensuite revenir en France commettre des attentats. Il ne serait donc pas étonnant que les parents disent bientôt à leurs enfants : « Si tu n’es pas sage, le jeune-de-banlieue viendra te chercher. » La réalité est moins spectaculaire. Les jeunes de banlieue sont plus d’1 million : 98 % ne sont ni délinquants ni dans des bandes. L’ascenseur social étant à l’arrêt depuis longtemps, seule une minorité arrive à s’en sortir. Une minorité plus marginale vit de trafics. Une minorité plus marginale encore sombre dans l’intégrisme religieux. Mais pour l’écrasante majorité, la réalité, c’est une galère de jeune pauvre urbain qui vivote entre le chômage, la « débrouille » et les emplois précaires. Thomas Guénolé nous décrit sans concession la balianophobie : ce mélange de peur et de haine envers le monstrueux « jeune-de-banlieue » inonde nos classes moyennes, nos médias, notre cinéma, nos élites. Sur l’insécurité, les bandes, l’islam, la sexualité, l’argot des banlieues, il remplace méthodiquement les clichés par la réalité. Il nous décrit ensuite la vie des 98 % : les vrais jeunes de banlieue, ceux dont on ne nous parle jamais.

MON RESSENTI

La banlieue je connais et dans diverses départements (75, 78, 94) et je sais aussi que ce n’est pas ce qu’en disent les politiques avides de voix pour les élections, ni la banlieue fantasmée de certains pseudo penseurs qui n’y ont pour la plupart jamais mis les pieds et ne font que relayer un monceau de préjugés et de ouïe dire. Je sais aussi qu’il y a beaucoup de talent, d’entraide et même du respect. Petite anecdote personnelle, à chaque fois que je dis où je vis on me regarde soit avec un regard compatissant, soit on me demande carrément si c’est pas trop dur. C’est dire si les préjugés ont la peau dure, et bien sans populisme aucun et sans idéaliser la banlieue (ce qui serait ridicule et mensonger, il y a évidemment des problèmes en banlieue mais pas plus que dans certaines grandes villes) je n’ai jamais eu de problème, ni agression physique, ni verbale et quand je passe les jeunes me saluent, me tiennent les portes, les commerçants sont sympas et je ne me sens pas en danger à tout les coins de rue. J’ai eu beaucoup plus de manque de respect dans les quartiers chics et certains quartiers de Paris que dans les banlieues. Je n’ai pas aimé habiter dans le coté bon chic bon genre du 78 avec toutes ses personnes méprisantes et qui pensent que tout leur est dû.

Un essai qui est nécessaire et bien ficelé , j’aime l’agencement des chapitres, les citations et le fait qu’il y ait beaucoup de chiffres, de sources, d’études, des témoignages, des sondages. Les intervenants sont divers , des jeunes de banlieue bien sûr mais aussi des policiers, des politiques, des stars, des policiers, des éducateurs. Les sujets abordés sont la sexualité, le phénomène de bande, la pauvreté, les familles mono-parentale, la religion, l’immigration, le rap… Il est aussi très intéressant que tout ces sujets soient traités à travers les arts, que ce soit le cinéma, la musique, l’art urbain.

Ce qui est louable aussi c’est que l’auteur ne prend pas parti, il énonce des faits, prends des exemples, des chiffres et laisse au lecteur le soin de se forger sa propre opinion et tirer lui-même ses conclusions. Il utilise le terme de balianophobie , terme que je n’avais jamais entendu jusque là, pour désigner les personnes qui stigmatisent les habitants des banlieues avec tout les idées préconçues qui vont avec.  j’aime la manière intelligente que l’auteur a de déconstruire les mythes et les inventions autour de la banlieue et de ses habitants.

A la lecture de cet essai sociologique, le lecteur y voit plus clair et est plus à même de ne pas tomber dans le piège et les manigances médiatiques. Les idées se remettent en place et on prends conscience de la bêtise de certains préjugés. Tout est accessible et il y a des notes en bas de page pour ce qui nécessite des précisions. Ce que j’ai aimé c’est que là c’est du concret. Une lecture constructive et instructive.

VERDICT

A offrir à tout les balianophobes et à lire pour mieux connaître le sujet et pouvoir se forger un avis sur des faits et non des fantasmes. Je le recommande

  • Broché: 213 pages
  • Editeur : Editions Le Bord de l’eau (15 septembre 2015)
  • Collection : Pour mieux comprendre
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3 réflexions au sujet de « Les jeunes de banlieues mangent-ils les enfants ? Thomas Guénolé (Auteur), Emmanuel Todd (Préface) »

  1. Ma banlieue à moi c’est le 9-3 et oui il y a du trafic et oui il y a des incivilités et oui des fois je râle mais je n’ai jamais eu de problèmes. Malgré ça mes enfants ne sont pas scolarisés sur le 93. Quelque soit la banlieue il y a des soucis ms ce n’est pas la banlieue en elle même mais bien les cités ghettos qui ont engendré les soucis! Tu prends une ville comme Saint-Denis mise en avant avec l’euro 2016, tout le quartier stade de France est beau avec de beaux ensembles propres, le quartier est en plein essor ! Pourtant tu vas au centre ville près de la Basilique c’est une honte! Certains immeubles sont insalubres sont en décrépitudes ! Les politiques ont privilégié l’argent au bien être des gens! Comment veux-tu que des jeunes ou moins jeunes puissent avoir envie de faire du beau ds cet espace ! Je précise que je n’habite pas Saint-Denis 😉

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  2. Ma banlieue, l’Essonne , le 9-1 comme disent les gamins, est chouette et colorée, riche de rires et d’espoirs. Un photographe marseillais en reportage chez nous a découvert un monde surprenant très loin du spectaculaire véhiculé par les médias. La France connaît mal ses banlieues, c’est pourtant son cœur battant, je vais lire ce livre.

    Aimé par 1 personne

    1. C’est exactement ça moi c’est le 94 dans la capitale du street art avec le fameux C215 et je peux assurer que j’y suis bien et qu’il y a de la vie, de la joie et de la culture, des cultures. Je vous souhaite bonne lecture et n’hésitez pas à revenir partager votre ressenti
      Amicalement
      Chris

      J'aime

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