A vif, Kery James

 

 

 

 

 

RENTREE LITTERAIRE 2017

 

RESUME

L’Etat doit-il être jugé coupable de la situation actuelle des banlieues ? Deux avocats, Soulaymaan Traoré et Yann Jareaudière, défendent des causes ennemies. Pour le premier, l’Etat est coupable. Le second atteste que les citoyens sont responsables de leur condition. Ils ont de la répartie, ils crient, ils rient aussi. Un dialogue éclatant et passionné : l’exercice convoque deux France pour enfin les faire s’entendre.

RESSENTI 

Un texte puissant, qui secoue les clichés et qui interpelle le lecteur sur la responsabilité de l’état  et des citoyens des banlieues sur leur condition. C’est écrit avec intelligence, sans compromis, une réflexion nourrie et crue qui ne peut laisser personne indifférent. La plume de Kery James que je connaissais comme rappeur est émouvante, touchante, remuante. Il a l’art de me toucher et de m’émouvoir, la force de toucher là où il faut, de traiter les sujets qui divisent avec une classe rare.

Ce texte est court, 48 pages mais tout y est, tout est à sa place, je ne changerais pas une virgule. Je l’ai lu d’une traite et j’en redemandais encore. Je l’ai fini il y a déjà deux semaines et il me trotte encore dans la tête et j’ai envie qu’un maximum de personnes le lisent, je le conseille dès que je peux. J’aime le fait de tordre le cou à tout les à priori et les certitudes de certains sur les banlieues et particulièrement sur les jeunes de ces banlieues. Il y a carrément des passages du livre que j’ai déjà pensé, dit avec d’autres mots, notamment sur les talents incroyables que l’on trouve dans les cités, les jeunes qui réussissent alors qu’ils en sont issus. De manière plus personnelle, je le vis au quotidien, mes enfants ayant grandi en banlieue,  se sont vus conseillés de ne pas tenter des grandes études, on leur a fait comprendre que vu leur adresse c’était déjà joué d’avance. Ils se sont battus et ont eu leur bac avec mention et l’un fait Khâgne et l’autre une Licence d’anglais en commerce international. Je suis fière d’eux car ils n’ont pas cédés, ils n’ont pas acceptés que l’on décide pour eux. Parenthèse fermée, revenons au texte, c’est très bien écrit et  c’est très malin de l’avoir fait sous forme de plaidoirie, cela donne un rythme, on  s’imagine même le ton, les attitudes des deux protagonistes. L’un va défendre l’état et l’autre les citoyens.

Une joute verbale de haut niveau, des mots qui ont du sens, une parole envoûtante, un beau texte et un sujet traité avec brio, Un thème: «L’État est-il seul responsable de la situation actuelle des banlieues?» ! j’ai adoré ! Il réussi à ne pas être redondant, blasant. On retrouve en plus Lettre à la République que j’adore et que je ne résiste pas à vous faire partager.

A tous ces racistes à la tolérance hypocrite
Qui ont bâti leur nation sur le sang
Maintenant s’érigent en donneurs de leçons
Pilleurs de richesses, tueurs d’africains
Colonisateurs, tortionnaires d’algériens
Ce passé colonial c’est le vôtre
C’est vous qui avez choisi de lier votre histoire à la nôtre
Maintenant vous devez assumer
L’odeur du sang vous poursuit même si vous vous parfumez
Nous les Arabes et les Noirs
On est pas là par hasard
Toute arrivée a son départ !
Vous avez souhaité l’immigration
Grace à elle vous vous êtes gavés, jusqu’à l’indigestion
Je crois que la France n’a jamais fait la charité
Les immigrés c’n’est que la main d’oeuvre bon marché
Gardez pour vous votre illusion républicaine
De la douce France bafouée par l’immigration africaine
Demandez aux tirailleurs sénégalais et aux harkisQui a profité d’qui ?
La République n’est innocente que dans vos songes
Et vous n’avez les mains blanches que de vos mensonges
Nous les Arabes et les Noirs
On est pas là par hasard
Toute arrivée a son départ !
Mais pensez vous qu’avec le temps
Les Négros muteraient, finiraient par devenir Blancs ?
Mais la nature humaine a balayé vos projets
On ne s’intègre pas dans le rejet
On ne s’intègre pas dans les ghettos français, parqués
Entre immigrés, faut être censés
Comment pointer du doigt le repli communautaire
Que vous avez initié depuis les bidonvilles de Nanterre
Pyromane et pompier, votre mémoire est sélective
On n’est pas venu en paix, votre histoire est agressive
Ici, on est mieux que là-bas, on le sait
Parce que décoloniser pour vous c’est déstabiliser
Et plus j’observe l’histoire beh moins j’me sens redevable
Je sais c’que c’est d’être Noir depuis l’époque du cartable
Bien que je n’sois pas ingrat, j’n’ai pas envie de vous dire merci
Parce qu’au fond c’que j’ai, ici, je l’ai conquit
J’ai grandi à Orly dans les favelas de France
J’ai « fleury » dans les maquis j’suis en guerre depuis mon enfance
Narcotrafic, braquage, violence… Crimes !
Que font mes frères si c’n’est des sous comme dans Clear… stream
Qui peut leur faire la leçon ? Vous ?
Abuseurs de biens sociaux, détourneurs de fond
De vrais voyous en costard, bande d’hypocrites !
Est-ce que les Français ont les dirigeants qu’ils méritent ?
Au coeur de débats, des débats sans coeur
Toujours les mêmes qu’on pointe du doigt dans votre France de rancoeur
En pleine crise économique, il faut un coupable
Et c’est en direction des musulmans que tous vos coups partent
J’n’ai pas peur de l’écrire : La France est islamophobe
D’ailleurs plus personne ne se cache dans la France des xénophobes
Vous nous traitez comme des moins que rien sur vos chaînes publiques
Et vous attendez de nous qu’on s’écrive « Vive la République ! »
Mon respect s’fait violer au pays dit des Droits de l’Homme
Difficile de se sentir Français sans le syndrome de Stockholm
Parce que moi je suis Noir, musulman, banlieusard et fier de l’être
Quand tu m’vois tu mets un visage sur c’que l’autre France déteste
Ce sont les mêmes hypocrites qui nous parlent de diversité
Qui expriment le racisme sous couvert de laïcité
Rêvent d’un français unique, avec une seule identité
S’acharnent à discriminer, les mêmes minorités
Face aux mêmes électeurs, les mêmes peurs sont agitées
On oppose les communautés, pour cacher la précarité
Que personne ne s’étonne si demain ça finit par péter
Comment aimer un pays, qui refuse de nous respecter
Loin des artistes transparents, j’écris c’texte comme un miroir
Que la France s’y regarde si elle veut s’y voir
Elle verra s’envoler l’illusion qu’elle se fait d’elle-même
J’suis pas en manque d’affection
Comprends que j’n’attends plus qu’elle m’aime !

VERDICT

Je le conseille plutôt deux fois qu’une, c’est un petit bijou ! Une réussite et un texte intelligent ! Coup de coeur pour moi, je le ferai lire aux collégiens, lycéens et autres étudiants.

  • Broché: 48 pages
  • Editeur : Actes Sud-Papiers (6 septembre 2017)
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