Et boire ma vie jusqu’à l’oubli, Cathy Galliègue

 4ème de couv’ : 

Betty s’efforce de vivre mais, à la nuit tombée, elle se cache et boit pour oublier la mort de son mari, Simon, et pour se souvenir de sa mère. Elle s’abrutit et s’effondre. Dans sa quête de la vérité, les images reviennent peu à peu. Des clichés tendres de l’enfance, une mère trop belle pour être vraie, des souliers rouges… et cette question lancinante :  » Elle est où, maman ?  »

Mon ressenti :

Je l’ai attendu ce livre, j’avais adoré le premier, j’étais sous le charme des mots et de la sensibilité de Cathy Galliègue, j’avais l’impression de la connaître tellement ces mots me parlaient. Et encore une fois, la magie a opéré, j’ai été touchée par les personnages, l’histoire, l’écriture. C’est un roman qui parle d’un sujet très rarement abordé et jamais de cette manière, l’alcoolisme au féminin qui est dans notre société un gros tabou. Ca parle aussi de la mémoire, des souvenirs et du deuil impossible à faire quand l’être aimé de toute une vie disparaît, il y est question de l’enfance aussi et de la famille. J’ai été bouleversée par le personnage de Betty qui souffre en silence en s’enivrant la nuit et qui aime son fils et tente de faire bonne figure le jour. Qu’est ce qui fait que l’on a toujours besoin de l’amour des disparus et qu’ils sont même parfois plus présents que les vivants autour de nous ? Comment oublier, tourner la page et avancer lorsque l’on a sans cesse le coeur au bord des larmes ? Qu’est ce que ça veut dire faire son deuil  et pourquoi on n’accepte pas que cela ne puisse être possible pour tous ? Tout cela me parle que trop bien, il y a des morts que l’on accepte pas, 25 ans après je ne me suis jamais remise de la mort de mon grand-père, c’est juste impossible. Je vis avec ce deuil impossible et je refuse que l’on m’oblige à rentrer dans les cases prévues à cet état de fait. J’ai mes petites béquilles personnelles, la béquille de Betty c’est l’alcool, ça la rapproche de son défunt mari et fait remonter des souvenirs de sa mère, elle en a besoin pour vivre, pour supporter de vivre.

Pour certains, le chagrin, la douleur ou la peine est trop lourde pour supporter le quotidien tel qu’il est alors ils se réfugient dans des paradis artificiels : drogue, alcool, sexe, nourriture à outrance là ou d’autres vont se réfugier dans le travail, une passion artistique dévorante. Et alors, doit-on les juger ? les exclure de la société ? Je ne le pense pas. C’est ce qui est touchant d’ailleurs dans ce roman, il n’y a aucun jugement, pas de pathos, aucune complaisance envers Betty qui est alcoolique.

Le personnage du père m’a touchée car il a ses propres blessures et peines mais il est là, présent à sa manière, il fait comme il peut mais surtout il ne culpabilise pas sa fille, ne la bouscule pas comme tant d’autres le feraient. On oublie trop l’importance d’avoir dans son entourage des personnes qui sont là pour nous, quoiqu’il arrive, quoique l’on fasse. Dans notre société où tout est interchangeable et l’argent est roi on ne conçoit l’aide que comme matérielle alors qu’une présence bienveillante peu parfois même sauver une vie. On tourne les pages et on est happé par la beauté de l’écriture, le choix des mots, la bienveillance de l’auteur envers ses personnages. L’émotion monte, les larmes aussi parfois, on espère qu’un déclic se produise pour que Betty souffre moins, qu’elle reprenne sa vie en main au lieu de la subir parce qu’on compatit aussi à la vie de son petit garçon pour qui j’ai ressenti beaucoup d’empathie.

Je n’ai pas envie de dire comment se finit le livre car c’est au lecteur de le découvrir. J’ai été séduite et déroutée par ce roman car à titre personnel il a remué des choses que j’ai en commun avec Betty, j’ai aussi grandit avec des grands parents aimants, à la campagne, j’ai aussi des disparitions que je n’accepte pas et qui me hantent parfois, cette sensibilité exacerbée qui me rend excessive dans ce que j’aime mais aussi dans ce que je rejette , beaucoup de choses l’alcool en moins.

Cathy Galliègue est un grande écrivaine, elle sait comme personne créer des personnages forts et fragiles à la fois, elle raconte des histoires autour de sujets forts et rarement abordés, elle fait ressentir des émotions à chaque page, j’ai relu des pans entiers tant ils sont beaux et puissants.  On ne ressort pas pareil après avoir fermé le livre. Même après des semaines de lecture, les mots sont là dans ma tête, les émotions ressenties intactes. C’est pour moi, le signe que c’est un grand livre. J’espère que le 3ème roman ne tardera pas à venir.

Verdict :

Un grand roman, un véritable coup de coeur, sous le charme, je ne peux que le conseiller. L’écriture est magistrale, touchante, émouvante. Achetez le, offrez-le (c’est bientôt Noël), conseillez le…

  • Broché: 250 pages
  • Editeur : COLLAS (5 octobre 2018)
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